J'ai rdv avec mes éditrices
En faisant des recherches pour un projet dont je vous parlerai, j’espère, prochainement, je suis tombée sur les livres de Rym et Camille, les femmes géniales derrière Taszuri. C’était au printemps 2025, et j’avais acheté “Les femmes vont et les tatouages racontent” . Cela coïncidait aussi avec le moment où Taszuri prenait un tournant et devenait une maison d’édition indépendante.
En juin 2025, quand j’ai perdu ma grand-mère, j’ai eu immédiatement besoin de faire quelque chose. J’ai d’abord écrit un texte, “ La femme aux cheveux rouges ” , que j’ai fait lire à des proches, et tout le monde avait été touché. Puis je l’ai fait lire à une autrice que j’aime et admire, et elle m’a dit qu’elle avait été très émue en le lisant. Le fait qu’une personne qui ne connaissait pas ma grand-mère ait été touchée m’a donné du courage et m’a poussée à essayer d’aller plus loin que le simple article sur mon site. Je me souviens exactement du moment, de la rue que j’ai traversée, quand j’ai décidé de contacter Rym et Camille. J’ai envoyé un mail qui disait : “ Ma grand-mère était une icône de la culture algérienne, j’ai plein de matériel, j’ai un projet à vous proposer ”, j’ai ajouté un lien vers l’article de blog et j’ai appuyé sur “ envoyer ” très vite avant de me dégonfler.
Elles m’ont répondu rapidement et avec beaucoup de délicatesse, et nous avons convenu d’un rendez-vous. Lors de notre première rencontre en ligne, j’avais préparé mes documents, surtout les photos et les textes de l’album Dis-moi, grand-mère ”. Ce n’était pas la première fois que j’étais dans un rendez-vous pour proposer un projet, que je n’étais pas sûre de l’aboutissement d’une discussion, ce n’était pas non plus la première fois (et, je le suspecte, loin d’être la dernière) que je faisais face à un risque de refus. Mais cette fois j’avais vraiment besoin que ça marche.
Rym et Camille sont chercheuses, c’est peut être pour cette raison que j’ai eu l’impression que nous parlions la même langue, que nos cerveaux et nos coeurs étaient faits pour s’entendre. Ce dont je leur suis particulièrement reconnaissante, c’est que je me suis sentie immédiatement soutenue par elles. Il y avait aussi toutes ces déconcertantes où nous nous sommes rendu compte, avec Rym, que nous nous étions sans le savoir croisées plein de fois dans notre enfance à Alger, mais ceci est une histoire pour une autre fois.
À la fin de l’été 2025, L’encre et le figuier, qui n’était alors qu’une esquisse, trouvait sa maison d’édition.
Dans une première phase qui s’est étendue jusqu’à la fin de l’année 2025, nous avons eu un rendez-vous par mois. On parlait du livre, de la forme qu’il pouvait prendre, de ce qu’il pouvait raconter. Rym et Camille m’expliquaient leur manière de travailler, me partageaient leurs expériences d’autrices, et moi, de mon côté, je faisais le tri des archives, des lettres, je testais des phrases sur un carnet bleu.En janvier, je me suis lancée et j’ai commencé à écrire. Camille m’avait dit que, pour maintenir l’énergie pendant l’écriture, elle et Rym s’envoyaient des petits vocaux avec des paragraphes dont elles étaient fières. Au bout de quelques semaines, j’avais un début de texte. Donc je me suis appliquée : j’ai pris mon téléphone et j’ai enregistré un vocal, un paragraphe du livre pour ma grand-mère.
“L’Algérie est un pays où il faut apprendre à tendre l’oreille pour écouter le chant des silences : Machaho ! Tellem Chaho ! La magie se cache au cœur des respirations, blottie au creux d’une berceuse.”
J’envoie le message sur notre groupe, et là, silence radio, un des silences les plus longs de ma vie. Je vous laisse imaginer le monologue qui a pris possession des voix dans ma tête : “Elles détestent, elles ne savent pas te le dire, elles sont en train de chercher une façon de sortir de notre contrat d’édition, etc. ” Peut-être est-ce le moment où je devrais vous dire que j’ai envoyé ce message vers 17 h 30, c’est-à-dire au moment où Rym et Camille sont le plus occupées dans leur vie de mères. Mais la rationalité a très peu de place face à la vulnérabilité d’être lue pour la première fois. Finalement, elles lisent et écoutent le message vers 17 h 50. Je vous promets qu’en vingt minutes, on a le temps d’écrire tout un scénario catastrophique. Mais non, ce n’est pas l’apocalypse, ni même la fin du monde. Au contraire, c’est vraiment le début de cette histoire, elles adorent, et moi je respire à nouveau, je pleure encore une fois, et je continue à écrire.
To be continued…
En attendant “L’Encre et le figuier » est disponible en précommande ici https://www.taszuricreations.com/pages/lencre-et-le-figuier



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